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Mois de février 2014 – La demande


Dieu et les pauvres (IV A)


  • Sophonie 2, 3 ; 3, 12 – 13 : Au 7 ème siècle avant Jésus Christ, le peuple d’Israël souffre. Le prophète le rappelle à l’espérance : il va devenir un peuple petit et pauvre, mais le Seigneur Dieu se servira de ce « petit reste » pour préparer la venue du Messie.
  • Ps 145 : Fais venir ton règne.
  • 1 Cor 1, 26 – 31 : Aux chrétiens de Corinthe, Paul montre comment Dieu choisit toujours ce qu’il y a de pauvre et faible aux yeux du monde pour réaliser de grandes choses.
  • Mt 5, 1 – 12 : Quand on entreprend quelque chose, il faut être motivé pour réussir, il faut vouloir gagner. Quand on a des talents, des possibilités, il faut les faire valoir et les développer. Quand on a des enfants, il faut les stimuler dans leurs efforts pour qu’ils réussissent dans la vie. Comment concilier tout cela avec l’esprit d’enfance et l’esprit de pauvreté de l’Evangile ?

On pourrait voir dans ces « béatitudes » que saint Matthieu nous a transmises, une belle leçon de morale chrétienne : Ayez l’esprit de pauvreté, soyez détachés des richesses terrestres, sinon vous risqueriez de tomber dans les pièges de l’argent et d’en faire le but de votre vie ; vous deviendriez alors sourds aux appels de vos frères défavorisés ; vous en arriveriez à les ignorer comme le riche de la parabole ignorait son voisin Lazare. Quand on a l’esprit et le cœur accaparé par les biens terrestres, il n’y a plus de place en nous ni pour Dieu ni pour les autres.

Ayez l’esprit de douceur avec vos proches. Pratiquez la justice dans vos affaires. Sachez  pardonner. Gardez vos cœurs purs et chastes. Soyez des artisans de paix. Et ne vous découragez pas si l’on vous insulte ou si l’on vous persécute à cause de votre toi. Si vous vivez ainsi, heureux êtes-vous, car vous êtes sur le bon chemin, votre récompense sera grande dans les cieux.

C’est souvent de cette manière qu’on comprend les béatitudes et c’est parfaitement valable. Nous avons là un idéal de vie, un style de vie, vers lequel tout chrétien doit tendre.

Il me semble pourtant qu’il serait dommage d’y voir simplement un bel idéal ou une belle leçon de morale chrétienne. Le texte de saint Paul aux Corinthiens nous invite en effet à aller plus loin et à y découvrir le style de Dieu lui-même, la manière d’agir de Dieu.

L’apôtre remarque que, dans sa communauté chrétienne de Corinthe, il n’y a guère de gens riches et puissants ; ce sont plutôt des gens tout simples.

Alors il leur dit : Voilà ce que Dieu choisit pour réaliser son œuvre, pour transmettre son message et faire progresser son royaume : ce qu’il y a de faible dans le monde, ce qu’il y a de fou, ce qui est d’origine modeste, ce qu’on méprise et qu’on compte pour rien, voilà ce que vous êtes et voilà ce que Dieu choisit... Vous n’êtes pour rien dans ce choix de Dieu. Si vous étiez puissants et influents, si vous faisiez partie des notables et de la haute société, vous pourriez  vous en attribuer le mérite. Mais non ! Jugez vous-mêmes ! De quoi pourriez-vous vous enorgueillir ?

Le texte de Sophonie entendu comme première lecture nous disait à peu près la même chose : à une époque où le peuple de Dieu était menacé par les armées étrangères et vivait  dans l’angoisse pour son avenir, le prophète déclare : « n’ayez pas peur ! Gardez confiance ! Dieu aime se servir des plus petits et des plus faibles pour réaliser ses projets ; l’important, c’est  que vous lui soyez fidèles, quoi qu’il arrive. Vous ne serez plus qu’un peuple petit et pauvre,  mais c’est le Seigneur qui sera votre refuge ; il ne vous abandonnera pas ; il a l’habitude de faire de grandes choses avec des riens ».

Il est en effet remarquable que, tout au long de l’Ancien Testament, Dieu agit de la même  manière à travers les évènements.

Quand les Hébreux sont réduits en esclavage en Egypte, à qui Yahvé fait-il appel pour les délivrer et en refaire un peuple libre ? A Moïse, un homme traqué par la police du pharaon et qui a été obligé de s’enfuir au désert.

Quand Samuel est envoyé par Dieu pour consacrer un roi parmi les fils de Jessé, qui choisit-il ? Le plus petit, le tout jeune David.

Toute la bible nous montre le petit peuple d’Israël coincé entre la toute-puissante Egypte et la toute-puissante Assyrie, déporté, écrasé, réduit à rien. C’est toujours sur lui que Dieu compte pour préparer la venue du messie.

Et quand Jésus, le messie, sera là, qui choisir a-t-il comme apôtres ? Des gens tout simples, des pêcheurs, des artisans. Et quels sont les gens qui accueilleront le mieux son message ? Des tout simples aussi : « Je te rends grâce, Père, car tu as caché toutes ces choses aux sages et aux savants, et tu les as révélées aux tout-petits ».

Et ce n’est pas. Tout au long de l’histoire chrétienne, depuis vingt siècles, chaque fois que l’Eglise s’est laissée tenter par la richesse et la puissance, ce furent pour elle des périodes de  décadence spirituelle ; mais chaque fois aussi, les évènements l’amenaient à se réformer en reprenant contact avec le monde des pauvres et en se redécouvrant pauvre elle-même.

Dieu est comme un bon ouvrier qui fait des choses merveilleuses avec de pauvres instruments.

Qu’est-ce que ça veut dire pour nous ?

Que Dieu, pour réaliser ses desseins, choisit qui il veut, et qu’il appelle plus particulièrement les pauvres. Dieu s’est solidarisé avec les pauvres. N’est-il pas libre ? Son Esprit souffle où il veut. Dieu se sert de tout, même de ce qui est fou ou méprisé, pour faire  progresser son royaume. Prenons garde de mépriser qui que ce soit : c’est peut-être un instrument de choix entre les mains de Dieu. Ce qui ne veut pas dire que les pauvres soient forcément meilleurs que les autres ; non, car ils ont aussi leurs limites et leurs faiblesses. Mais là  n’est pas la question.

Que si nous nous sentons choisis et appelés par Dieu, ce n'est jamais en raison de nos mérites ou de nos efforts. Les choix de Dieu dépendent de lui seul, ils sont toujours gratuits.

Que nous devons toujours nous reconnaître pauvres et petits devant Dieu ; lui seul est grand. Et si nous avons le sentiment d’avoir fait quelque chose de bien pour Dieu, soyons bien convaincus que c’est lui, Dieu, qui l’a fait en se servant de nous : « Quand je suis faible, c’est alors que je suis fort (grâce au Christ en moi !) » disait saint Paul.

Que nous ne pouvons pas suivre le Christ pour de bon sans nous solidariser avec les pauvres, comme Dieu s’est solidarisé avec eux tout au long de l’histoire biblique, comme Jésus s’est solidarisé avec eux tout au long de sa vie, au point de venir naître dans une étable et de mourir comme un criminel entre deux bandits.

Et enfin que, se solidariser avec les plus pauvres, c’est se solidariser et faire cause commune avec les doux, avec ceux qui pleurent, avec ceux qui ont faim et soif de la justice, avec ceux qui travaillent à la réconciliation et à la paix, avec ceux qui sont persécutés pour la justice, en un mot, avec tous ceux en qui « le monde » ne voit que des gens sans valeur, des gens inefficaces.

C’est alors que nous sommes signes du royaume de Dieu qui vient, car le royaume de Dieu, c’est à tous ceux-là qu’il appartient en priorité, à tous les humiliés de la terre avec lesquels Dieu a fait alliance.

Présentation et baptême (02 – 02 A)


Lorsqu’un ami nous fait un cadeau, notre premier réflexe ne doit-il pas être celui de la reconnaissance ? Lorsque Dieu fait à un homme, à une femme, le merveilleux cadeau d’un enfant, la joie d’une naissance, comment exprimer notre merci, sinon par une sorte de renaissance, de reconnaissance du don de Dieu ?

En cette fête de la présentation du Seigneur au temple nous allons suivre trois exemples de cette reconnaissance :

  • celui d’Abraham qui sacrifie Isaac
  • celui de Marie qui offre Jésus
  • celui des parents qui présentent leur enfant au baptême

Le sacrifice d’Abraham

Le patriarche Abraham était très avancé en âge et sa femme stérile. Dieu l’avait gratifié de tous les biens sauf de l’essentiel : un enfant. Et le Seigneur, pour qui rien n’est impossible, répond à sa demande : je te donnerai un fils. Bientôt sa femme Sara déposera sur ses genoux, Isaac, le fruit de leur amour mutuel, mais bien plus encore le fruit de la parole de Dieu, l’enfant de la promesse.

Plus tard Abraham croira entendre cet appel mystérieux et angoissant : « prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, et offre-le moi en sacrifice ». Et c’est vrai que tout appartient à Dieu, qu’il nous demande de nous déposséder de toutes nos richesses, de notre corps, de nos relations les plus intimes. Et Abraham eut raison de croire et de répondre : voici, il est à toi.

Mais la suite du récit montre qu’Abraham s’est trompé en imaginant que Dieu lui demandait d'’égorger son petit enfant. Les païens en faisaient autant autour de lui. « Ne touche  pas au garçon ; ne lui fais aucun mal », s’écrie le Seigneur, en voyant Abraham lever le couteau  sur son fils. Désormais, grâce à Dieu qui se révèle pour nous empêcher de commettre un geste fatal, nous savons que l’Eternel ne veut plus, (ajoutons, car Dieu ne change pas) ne veut pas, n’a jamais voulu le meurtre d’un enfant. Plus tard, le prophète Jérémie fera dire à Dieu à propos de l’immolation d’un enfant : « Je n’y ai jamais pensé ». (Jér 19, 5) Et le prophète Michée nous apprendra ce qui plaît à Dieu : à savoir la justice, l’humilité et la tendresse.  (Mi 6, 8)

La présentation de Marie

C’est pourquoi Marie de Nazareth, éduquée par tous ces progrès de la révélation biblique qui traverse l’histoire de son peuple et parce qu’elle avait le cœur transparent, semblable à celui de Dieu, comprend tout de suite cette intention divine qui se manifeste à travers la liturgie : Marie, prends ton fils, le mien, ton unique, mon Fils unique, celui que tu aimes, Jésus, et offre-le moi en sacrifice.

Marie obéit aussitôt  comme  Abraham, mais jamais l’idée ne lui est venue de faire du mal à son petit. Parce qu’elle était vraiment mère, elle connaissait vitalement ce que voulait dire cette affirmation : Dieu est Père, c’est-à-dire celui qui donne et aime la vie. Elle répond : me voici, le voici et elle se rend au temple déposer son précieux fardeau entre les mains du prêtre pour le redonner à Dieu. Elle est tout le contraire d’une maman possessive, elle, l’humble  servante devenue mère du Fils unique de Dieu. Et c’est pourquoi elle dit à Celui pour qui rien n’est impossible : « Cet enfant ne m’appartient pas. Il est à toi, Seigneur.  Je t’en fais cadeau ».  Il appartient aussi à son peuple et à l’humanité. Et la voilà qui n’hésite pas à remettre son bébé au vieillard Syméon qui le prend dans ses bras.

Geste de pauvreté, de dépouillement, de générosité,  mais geste risqué, car si son fils sera bien accueilli par les uns, il sera rejeté par les autres comme un signe de division qui dévoile les pensées secrètes de chacun, lumineuses ou ténébreuses, face à la Lumière qui se manifeste.  Certains iront même jusqu’à lui prendre son fils par force et lui cloueront les mains et les pieds ; le cœur de Marie sera transpercé comme celui de son fils, comme le cœur du Père profondément blessé par cette violence qu’on leur fait à tous les trois, mais Dieu se sacrifie par amour pour le bonheur et le pardon des hommes.

La présentation du baptême

Les parents chrétiens, dans la mesure où ils pénètrent dans la connaissance de ce mystère de tendresse incroyable, n’hésiteront pas, eux non plus, à présenter à Dieu, dès que possible,  l’enfant né de leur amour, mais d’abord né de Dieu, car Dieu est toujours le premier. Et parce que Dieu est le premier aimé, le premier servi, de façon absolue, ils répondront à l’appel du  Père unique transmis par l’Eglise de son Fils : Prenez votre enfant qui est aussi le mien, celui que nous aimons et à qui ensemble nous avons donné la vie, venez me l’offrir par le sacrement du baptême.

Il l’avait bien compris ce papa récemment converti qui déclarait, émerveillé à la naissance  de son garçon : cet enfant ne peut être de moi, c’est un cadeau de Dieu. Et à la fin du baptême, le prêtre dit, à lui et à son épouse : « Comme au baptême de Jésus, le Père vient de déclarer solennellement : ce petit est mon fils bien aimé, mais il est aussi à vous, je vous le donne, il est désormais à nous. A partir de maintenant, comme Marie et Joseph sortant du temple, vous aurez le droit et l’honneur de dire Nous avec Dieu en toute vérité : c’est notre enfant ». On ne peut envisager d’union plus grande.

Ce fils, il faudra petit à petit l’abandonner à son destin, c’est-à-dire à sa vocation propre et originale, il faudra de plus en plus le donner à l’Eglise et à l’humanité. Quand Dieu entre dans  une vie ou dans un couple, il fait éclater les barrières de nos étroitesses et de nos égoïsmes. Il nous ouvre à l’universel. Heureux les cœurs sacrifiés, consacrées, heureux les cœurs de pauvres, car comme Abraham et comme Marie, ils vont devenir pères et mères d’une multitude.

Vous êtes la lumière du monde (V A)


  • Isaïe 58, 7 – 10 : Ta nuit sera lumière de midi. La libération de l’Exode se refera en toi, Dieu marchant devant toi et fermant la marche du peuple, la nuit comme une colonne de lumière.
  • Ps 111 : L’action libératrice de Dieu à travers l’histoire.
  • 1 Cor 2, 1 – 5 : La manifestation suprême de la puissance divine, de sa liberté et de sa sagesse : Jésus Christ et Jésus Christ crucifié.
  • Mt 5, 13 – 16 :

La lumière : ouverture de l’espace, découverte de perspectives, proposition de chemins.

L’obscurité : le noir opaque, internement dans son corps. Y a-t-il un mur à droite, un précipice à gauche ? Y a-t-il une droite, une gauche ? Un espace ? Une possibilité de mouvement, une direction ?

Aujourd'hui, toi, tu es lumière du monde, toi avec tes lâchetés, tes mensonges, ton hypocrisie plus ou moins complète, tu es lumière.

Dans tes problèmes, d’argent, de cœur, de famille, tu es lumière, ouverture d’espace, découverte de perspective, proposition de chemin.

Toi, parce que tu écoutes la parole, toi, parce que la parole toute puissante agit en toi, toi là où tu es, là où tu as l’air enfermé dans tes problèmes, là tu es comme la lumière qui s’insinue,  qui pénètre les pierres et les soupiraux, et qui dessine les espaces et qui révèle les issues.

Toi que la parole habite et appelle, tu es l’éternité vivante qui s’insinue dans les mailles du temps, dans les rouages de l’histoire, dans les mécaniques les plus serrées de l’esclave humain.

Toi, aujourd’hui dans la parole, tu es la liberté même, celle de Dieu qui, depuis la sortie d’Egypte jusqu’à la croix du Christ et à l’avènement du royaume est en train de libérer son peuple.

La Parole de Celui qui est et qui ouvre, « Celui qui est, qui était et qui vient » et qui ouvre l’histoire et qui ouvre le temps et le monde et qui fait sauter les prisons, les impasses et la mort, les camps de concentration, les tyrannies et la tyrannie aussi écrasante du quotidien, des servitudes et des habitudes.

La Parole, aujourd’hui, comme la lumière s’insinue dans les fentes d’un volet, introduit la liberté de Dieu, l’infini de Dieu dans l’enchaînement de tes habitudes, l’éternité de Dieu dans le temps clos de ton vieillissement. Le temps n’est pas clos sur lui-même, ni la mécanique du monde sur les esclaves qui la servent. Aujourd’hui, le buisson ardent appelle à la liberté de Dieu les esclaves des pyramides.

Faut-il analyser plus rigoureusement ? Démontrer ?

La Parole, n’importe quelle parole, ne peut dire une chose que si elle est achevée, ou si on la voit achevée : sur un chantier ? Qu’est-ce que c’est ?

Des grues, des camions, un trou, des ouvriers casqués ; mais l’architecte avec ses plans sait que ce sera un supermarché ou un théâtre.

Et parce qu’il a le mot de la fin et qu’il le dit autour de lui à chaque ouvrier, chaque pelletée, chaque geste sera construction d’un théâtre ou d’un supermarché.

Le mot de la fin donne à l’acte le plus partiel la présence du tout, dynamise et oriente le coup de balai du chantier dans la mouvance du tout.

Qui donc peut dire une parole sur le monde ? Qui peut dire le dernier mot du monde ? Qui sait s’il y a un dernier mot qui donnerait sens à cette agitation infinie ? Qui peut, dans chaque coup de balai, ouvrir la plénitude du tout ? Qui ?

Les marchands d’esclaves, esclaves eux-mêmes, pharaons dérisoires qui ne construisent les pyramides que pour abriter, illusoirement, leur charogne ?

Qui a la parole sur le monde ? Celui qui est mort, et qui est ressuscité, « le premier né d’entre les morts », celui qui, ayant  passé la mort, a révélé la liberté ; celui qui, ayant vaincu la peur, a suscité l’humanité ; celui qui, ayant révélé l’amour a dégagé l’unique valeur.

Et il a, du même coup, fait apparaître dans l’histoire la force formidable qui ébranle tous les empires depuis Moïse, les prophètes, la croix, les témoins et les martyrs, la force des doux, de ceux qui ont misé sur l’amour et pour lesquels le dernier mot est déjà dit : « Venez les bénis... », « Voyez la Jérusalem céleste parée comme une épouse pour son époux... »

Aujourd’hui, si tu entends sa voix, ne discute pas comme les Hébreux devant les sources du désert. Laisse la lumière du tout éclairer les recoins de ta prison, laisse la fissure lumineuse  t’indiquer le point où tu dois mettre la main, travailler. Travaille à élargir le passage, laisse la lumière entrer et tout le peuple en sera libéré, éclairé : tout le peuple avec toi, le peuple des pauvres et des doux recevra la terre promise.

Le signe de l’unité (deuxième proposition)

Les choses ne vont pas toujours aussi bien que nous le voudrions. Elles vont même parfois carrément mal. Devant ce gâchis, ces pertes de temps et d’énergie, il nous arrive de nous dire que Dieu pourrait tout de même nous aider un peu. Il nous arrive de crier avec le psalmiste :

« Mais, toi Seigneur, que fais-tu ? » Nous avons parfois l’impression que Dieu ne se fatigue guère pour mettre en valeur son royaume et donner aux  hommes l’envie  d’y entrer.

Voilà qu’aujourd'hui, ce passage d’évangile nous oblige à reconnaître que nous sommes les seules vitrines possibles de ce royaume. Mais, en plaçant ces mots de Jésus juste après les béatitudes, Matthieu semble nous dire que pour attirer les gens au royaume, il faut vivre selon ces béatitudes. Cela nous pose forcément des questions. Essayer d’être pauvre individuellement, ça peut encore se faire. Accepter les persécutions pour la justice, individuellement ça peut encore se faire, même si ce n’est pas facile. Mais l’Eglise, collectivement, a plus de mal à accepter de vivre au jour le jour. Elle a le sentiment qu’elle doit défendre ses droits, « les droits de Dieu », plutôt que de se laisser persécuter. Comment dès lors pouvons-nous tous ensemble, devenir sel et lumière pour le monde ?

Le dernier Concile nous met sans doute sur la voie quand il dit que malgré toutes les difficultés, l’Eglise peut rester pour l’ensemble du monde le ferment le plus sûr d’unité et de paix. Il est facile de nous souvenir de la parole que les premiers chrétiens suscitaient : « Voyez comme ils s’aiment ! » Il est non moins facile d’entendre la raillerie que nous suscitons maintenant parfois : « Voyez comme ils se déchirent ! » Mais que pouvons-nous faire pour demeurer, tous ensemble, le ferment le plus sûr de l’unité du monde ?

En célébrant l’eucharistie, nous savons que c’est justement cette unité du monde que nous contribuons à construire. C’est cette unité réalisée par Jésus qui se sacrifie pour « rassembler les enfants de Dieu dispersés » que nous construisons. Que le partage de son corps et de son sang que nous allons faire dans un instant nous soit annonce déjà et commencement de cette unité qui sera pleinement réalisée dans le royaume à venir.

Jésus : un moraliste ? (VI A)


  • Sirac le Sage 15, 15 – 20 : Dieu a donné jadis ses commandements comme des garde-fous sur la route de la vie. A nous d’en tenir compte.
  • Ps 118 : Ouvre mes yeux, Seigneur.
  • 1 Cor 2, 6 – 10 : La Sagesse de Dieu, c’est l’Esprit de Dieu, l’Esprit de Jésus, qui voit jusqu’au plus profond des cœurs.
  • Mt 5, 17 – 37 : Qui êtes-vous, vous les chrétiens ? Des chrétiens se taisent quand on leur pose cette question, embarrassés pour y répondre. Tout nous pousse à reléguer nos convictions chrétiennes dans le secret de notre vie privée. Mais, alors, le Christ, n’a pas eu peur de s’affirmer par rapport aux idées religieuses de son temps : « On vous a dit… Eh bien moi, je vous dis… »

Aujourd’hui, la morale n’a pas bonne presse ! A plusieurs reprises, j’ai remarqué qu’à la radio ou à la télé, quand par hasard quelqu’un prononçait le mot de « morale », il éprouvait  aussitôt le besoin de s’excuser : « Loin de moi l’idée de faire de la morale..., je n’ai rien d’un moraliste ! » A tel point que, de plus en plus souvent on utilise les mots « éthique » ou « déontologie » : ça fait moins vieux jeu et plus savant !

D’où vient ce discrédit  de la morale ? Probablement de ce qu’on en a fait trop souvent une affaire d’interdits, de défenses, de règlement, sans qu’on sache pourquoi : « Tu ne feras pas ceci ! Tu dois faire cela ! Mais... pourquoi ? Parce que c’est comme ça ! »

La jeunesse de 1968 s’est révoltée contre cela. Elle n’avait pas complètement tort. « Interdit d’interdire ! » Malheureusement, elle est tombée dans l’excès inverse : « Tout est permis ! » Nous vivons encore plus ou moins sous ce régime de la permissivité : « Tu ne devrais pas te conduire comme ça ! Mais, puisque ça me plaît ! »

Ce n’était pas le régime de la permissivité, mais le régime de la Loi interprétée par les scribes et les pharisiens. Ceux-ci avaient dressé tout un catalogue de rites et d’interdictions qui rendaient la vie quotidienne presque impossible ; les règles du repos sabbatique constituaient en particulier un véritable asservissement de l’homme à cette obligation.

Aussi Jésus dénonce-t-il qui dénaturent le vrai sens de la Loi de Dieu : « Les scribes et les pharisiens ont lié de pesants fardeaux et les ont mis sur les épaules des gens... Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau... Mettes-vous à mon école, car mon joug à moi est facile à porter et mon fardeau léger ».

Eh bien, mettons-nous à l’école de Jésus. Que nous dit-il aujourd’hui ?

« Je ne suis pas venu abolir la loi de Moïse. Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ».

Accomplir ici signifie parfaire. Tout ce qui était dans l’Ancien Testament était comme en attente, comme une plante aux premiers rayons du soleil du printemps est en attente de sa floraison. La loi de l’Ancien Testament venait de Dieu, elle était sainte. Avec Jésus, elle n’est donc pas périmée, elle attend au contraire son plein épanouissement. Les « Dix commandements » ne sont pas remplacés par autre chose, ils sont approfondis par Jésus qui est venu nous révéler la « Sagesse du mystère de Dieu », autrement dit le projet de Dieu sur l’homme.

Ce projet de Dieu sur nous, c’est de nous initier à sa propre vie, c’est de nous donner son Esprit qui nous transformera et fera de nous ses enfants. Dieu est notre Père. La paternité tout aimante de Dieu est au centre du message de Jésus.

Il n’est donc plus question désormais de pratiquer la loi de Dieu comme on applique des consignes, des règlements.

Il faut vivre dans un esprit d’amour filial à son égard agir en toutes choses par amour pour Dieu notre Père. « J’aime mon Père, et je fais toujours ce qui lui plaît », disait Jésus : telle était sa « morale ». Il en est de même pour nous. Cela nous appelle à dépasser toutes les réglementations des moralistes, et à nous dépasser nous-mêmes.

Comme on est loin alors de la bonne conscience des pharisiens pour qui la loi de Dieu était surtout affaire de rites et d’obligations extérieurs à observer. Vivre en face de Dieu comme un enfant en face de son père, cela change tout.

Jésus prend quelques exemples.

« On vous a dit : « Tu ne tueras pas ! » Bien sûr ! Mais moi je vous dis : ne vous mettez même pas en colère contre les autres, car vous êtes tous frères, tous fils et filles de Dieu. Faites-vous donc, les uns pour les autres, un cœur semblable à celui de votre Père du ciel. C’est cela qu’il attend de vous : la conversion de vos cœurs.

Si vous venez à la messe le dimanche et tout en entretenant dans votre cœur un grief contre votre voisin, ne voyez-vous pas à quel point votre démarche est fausse et mensongère ? Allez donc bien vite vous réconcilier, afin de vous remettre à l’unisson du cœur de Dieu.

« On vous a dit : « Tu ne commettras pas d’adultère ! Bien sûr ! Mais l’adultère, ce n’est simplement  l’acte extérieur ; il a son origine dans les désirs, dans les pensées, dans le cœur. Encore là, c’est votre cœur qu’il faut guérir et purifier, c’est-à-dire vos pensées, vos intentions secrètes, car l’Esprit de Dieu voit le fond des choses et des cœurs. Que vos cœurs soient parfaitement purs et transparents comme le cœur même de Dieu.

Tous ces exemples sont valables pour tous les temps. En voici un autre pour aujourd'hui : « Tu respecteras l’étranger immigré qui habite près de toi ! » Bien sûr ! Mais pour que ton cœur soit vraiment sur la même longueur d’onde que le cœur de Dieu, tu ne te contenteras pas de respecter l’immigré de loin, tu tacheras de te rapprocher de lui, de le traiter comme un frère, car lui aussi est un fils de Dieu, aimé de Dieu comme toi.

« La vraie morale se moque de la morale », écrivait Pascal.

La morale de Jésus se moque de la morale des scribes et des pharisiens, car celle-ci n’était qu’une affaire de consignes et de règlements à observer, comme si Dieu était un gendarme ou un adjudant.

Avoir avec Dieu une relation toute nouvelle, une relation d’amour, telle est la grande nouveauté de Jésus par rapport à la morale en vogue à son époque. La morale de Jésus est affaire d’amour filial et confiant : vivre en face de Dieu en toute transparence, comme un enfant devant son Père ; se laisser imprégner par l’Esprit de Jésus, pour que notre cœur devienne semblable au sien.

Quand on aime, on ne connaît plus d'autre loi que celle de l’amour, et l’on découvre alors la vraie liberté, la liberté des enfants de Dieu qui n’agissent plus par contrainte, comme des esclaves timorés, mais librement, joyeusement, par amour. « Là où est l’Esprit du Seigneur, l’Esprit d’amour, là est la liberté ».

Comme le Père (VII A)


  • Lv 19, 1 – 2, 17 – 18 : Dieu nous appelle à la sainteté. On ne peut répondre à cet appel sans être solidaire des hommes.
  • Ps 102 : Beni sois-tu, Seigneur.
  • 1 Cor 3, 16 – 23 : C’est Dieu lui-même qui construit en nous son Temple.
  • Mt 5, 38 – 48 : Bien vivre notre vie d’aujourd’hui peut nous aider à entrer dans le mystère de notre Dieu qui est Saint et qui veut faire Alliance. Il est à part de tout ce qui existe et il choisit un peuple pour en faire son peuple.

Tous les peuples ont leurs héros. Ce sont des hommes, des femmes qui, à un moment ou l’autre de l’histoire, ont donné leur vie dans des situations exceptionnelles. Toutes les religions ont leurs saints. Ce sont des hommes, des femmes qui ont accueilli au plus intime de leur vie le message du fondateur de la religion. Ils se sont laissés façonner, transformer par lui. Ils sont devenus, après bien des combats intérieurs, comme l’expression vivante du message religieux.

Dieu a voulu que le peuple d’Israël soit saint. De fait le peuple d’Israël a eu avec son Dieu une relation absolument unique. La notion de sainteté en Israël a atteint une valeur particulière.

Quand  Dieu  dit de lui-même qu’il est saint, il faut d’abord comprendre qu’il n’y a pas de mot pour exprimer cette sainteté. Dieu est indéfinissable ; on ne peut le comparer à rien de ce qui existe ; il échappe à toute tentative d’explication. Dieu est le tout-autre ; il est à part, séparé ; il est saint. La sainteté n’est pas un attribut de Dieu parmi d’autres ; elle caractérise Dieu lui-même. Quand je dis Dieu, je dis « Saint »...trois  fois  « Saint » !

Le fait que Dieu se rende présent quelque part jette le trouble ; on ne sait plus quoi dire ou quoi faire en sa présence. Comment se comporter devant lui ? La meilleure solution serait sans doute de disparaître. D’où le réflexe de ces hommes qui ont eu, un jour ou l’autre, l’autre expérience de Dieu : ils se voilent la face pourtant, Dieu qui jette le désarroi là où il se manifeste est celui qui veut avoir avec son peuple des relations très étroites. D’où le travail d’éducation, de purification qu’il va entreprendre avec son peuple.

« Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint ».

En entendant cela, le peuple d’Israël ne va pas se sentir récompensé pour sa bonne conduite. D’autres peuples ont pu avoir à l’époque des mœurs plus raffinées, une culture plus développée, un idéal plus élevé. Ce qu’on appelle « l’histoire sainte » n’est pas l’histoire du meilleur des peuples.

Dieu a choisi ce peuple sans en donner la raison, mais le fait d’être choisi par un Dieu « autre »,  l’oblige à vivre « autrement » en n’oubliant jamais qu’il appartient à son Dieu. Vaste programme !

Cet appel à la sainteté ne s’adresse pas d’abord aux individus mais à tout le peuple. Si Dieu s’est consacré un peuple, il en découle qu’une solidarité doit naître entre les membres de ce peuple.

« Tu n’auras aucune pensée de haine contre ton frère... Tu aimeras ton prochain ».

La haine et l’amour ! Voilà des mots de notre vocabulaire, de notre culture, de notre vie quotidienne. Ils ont volontiers pour nous un contenu émotionnel. Ce n’était pas le cas à l’époque. Pour le peuple d’Israël, le mot haine est un terme juridique ; il signifie la rupture d’une solidarité fondée sur des liens naturels ou sur un contrat. Haïr son frère, c’est rompre tous les liens avec lui, se dégager de tout devoir envers lui. Haïr, c’est exclure. Ce que dit la loi recueillie et transmise par Moise, c’est ceci : exclure n’est pas de la compétence de l’homme. Seul Dieu se réserve le droit d’exclure.

Aimer  quelqu'un, au contraire, c’est reconnaître que l’on est solidaire avec lui.

L’évolution du langage et des mentalités entraîna un rétrécissement de la notion de prochain. Pour un Israélite, le prochain ne pouvait être qu’un autre Israélite. Aucun amour n’était dû à l’étranger. Souvent les prophètes durent intervenir pour rectifier cette tendance.

Elu par Dieu le peuple pouvait comprendre qu’il était comme la victime d’un terrible choix. De fait, entrer dans l’alliance ne fut pas de tout repos pour le peuple choisi. L’histoire fut souvent douloureuse, mais, avec le temps, buriné par l’épreuve, affiné par la fréquentation de son Dieu, Israël devient conscient de l’honneur qui lui avait été fait de l’amour et de la solidarité que Dieu lui avait manifestés.

Le psaume 102 exprime la reconnaissance d’un peuple pour le pardon continuellement offert. Ce peuple est incapable de se tenir à la hauteur de sa vocation et Dieu ne se lasse pas de refaire alliance avec lui. « Bénis le Seigneur, ô mon âme » ; c’est lui qui te pardonne ; c’est lui qui te guérit.

La loi de sainteté, transmise par Moïse a marqué la mentalité du jeune Jésus ; il s’est  voulu solidaire de son peuple ; il a prié avec le psaume 102.

Dans l’évangile, on le voit pourtant prendre ses distances vis à vis de ce que la loi enseigne.

A un peuple qui s’épuise souvent en vain, dans l’application de la loi, il ne vient pas ajouter des précisions aux précisions déjà fort nombreuses des spécialistes du texte ; il vient ouvrir une nouvelle perspective.

Il ne supprime pas la loi ; Il pousse l’exigence jusqu’à l’intention et au désir secret. Il ne vient pas abolir mais accomplir : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ».

Il ne s’agit plus de préserver une intégrité ou une pureté légale ; il s’agit de recevoir et de répandre l’amour de Dieu, les dons de Dieu.

Toute loi, qui demande un effort pour être conforme, peut entraîner une paralysie, un dessèchement du cœur.

Jésus ne veut pas qu’on se contente d’être en règle avec la loi. Saint Paul rappellera cela aux Corinthiens : « Si quelqu’un pense être sage à la manière d’ici-bas, qu’il devienne fou pour devenir sage ». Même si la loi est dure et exigeante, elle demeure toujours raisonnable. Elle dérange souvent les caprices de l’individu mais elle sécurise le groupe. Quitter la sécurité de la loi, c’est prendre le chemin de la folie. Ce chemin, Jésus l’a pris et il nous invite à le suivre pour accomplir avec lui la loi. En effet, l’accomplissement qu’apporte l’Evangile, c’est le Christ lui-même. Quand de manière injuste, il connaît l’échec parfait au seuil de la mort, il manifeste la liberté de son cœur en pardonnant à ses bourreaux.

« Vous avez appris qu’il a été dit : « Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi je vous dis : Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ».

Que faudrait-il changer dans notre vie et dans la pratique de l’Eglise pour que nous devenions davantage des révélations de l’amour de Dieu pour tout homme ?

Cherchez d’abord le royaume (VIII A)


  • Isaïe 49, 14 – 15 : Au temps de l’exil à Babylone, le peuple élu connaît la tentation du désespoir. Le prophète proclame sa confiance en Dieu avec des accents bouleversants.
  • Ps 61 : Le Seigneur est notre secours.
  • 1 Cor 4, 1 – 5 : A Corinthe, au temps de Saint Paul, on se soucie beaucoup, semble-t-il, de l’opinion publique. L’apôtre, au contraire, libre à l’égard de toute influence, se confie totalement au Christ dont il est le serviteur.
  • Mt 6, 24 – 34 : « Ne craignez pas… n’ayez pas peur… ne vous faites pas tant de souci… Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice ».

Nous vivons dans une fièvre perpétuelle. Même en vacances ! Les soucis quotidiens sont ressentis comme autant de menues agressions qui ravagent notre équilibre psychologique. Il  est difficile de conserver sa sérénité, d’éviter le « stress ».

Or voici que le Seigneur nous dit : « Ne vous inquiétez pas ! » le conseil peut, selon notre humeur, nous révolter ou nous agacer. Nous révolter si nous y voyons une justification de la trop fameuse sentence « la religion est l’opium du peuple », c’est-à-dire la drogue qui favoriserait l’évasion des opprimés, des exploités, hors du terrain des luttes pour la justice. Nous agacer si nous croyons y déceler je ne sais quelle invitation à rêver alors que nous pressent les exigences d’une famille et d’une profession.

« Ne vous inquiétez pas ! » Comme il voudrait ne pas avoir à s’inquiéter ce père de famille sans travail ou cet autre dont le fils se drogue ou encore ce chef d’entreprise à la recherche de débouchés ! « Ne vous inquiétez pas ! Certes nous avons des soucis bien frivoles et parfaitement égoïstes. Mais chacun de nous a ses responsabilités, dans sa famille, son travail, dans la cité et dans l’Eglise. Or toute responsabilité engendre des soucis.

Alors que signifie cette page de l’évangile de Matthieu ?

Une chose est sûre : il ne faut jamais isoler un passage de l’ensemble du message évangélique.  Si, dans sa lettre, un verset « colle » mal avec ce que nous savons de l’enseignement du Christ, c’est que nous l’avons mal compris. Or, jamais on ne trouve dans l’Evangile l’éloge de l’insouciance. Encore moins, c’est très évident, de l’indifférence à l’égard des besoins de nos frères. Qu’on songe au fameux : « donnez-leur vous-mêmes à manger » de la multiplication des pains. Ou à la parabole du bon Samaritain. L’enseignement du Christ est à l’opposé de tout désengagement par rapport aux urgences qui pressent les hommes de tous les temps, la lutte pour la justice, pour le développement, pour la promotion de l’homme.

Alors : ne nous inquiétons pas ?

Et si cette paix qui nous est proposée était non pas un devoir auquel il faudrait s’appliquer mais un don ? Le don sans prix de cette sérénité intérieure à laquelle tout homme aspire ?

« Aucun homme ne peut servir deux maîtres...  vous ne pouvez  pas servir à la fois Dieu et l’argent ». Voilà la clef qui permet d’entrer dans l’intelligence du texte évangélique. Mes soucis sont révélateurs de mon choix fondamental, de ce choix qui donne sens à ma vie. Mes soucis expriment la qualité de ma relation à Dieu. De deux manières : par leur nature et par la manière dont je les vis.

Certaines vies, certaines journées de nos vies sont comme tissées de soucis puérils ou intéressés, vies ou journées consacrées à la recherche du confort, du plaisir que procurent les biens  matériels.  « Heureux les pauvres de cœur ! »

L’idolâtrie de la richesse n’engendre pas la sérénité. Tout occupés à consolider nos avoirs, nous voyons sans cesse reculer la sécurité que nous croyions atteindre. Quand j’aurai acquis cela, je pourrai respirer. Eh bien non : après cette acquisition, une autre s’impose. Grand est alors le risque d’oublier le pauvre à ma porte. Nous savons bien pourtant qu’à l’heure du jugement, sera condamné celui qui aura trop aimé ses biens pour les partager. « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6, 21). Si ton esprit est tout occupé de soucis matériels, si tu bornes tes désirs à la consommation des biens, si ton idéal est d’avoir et non pas d’être, tu vis « comme les païens » et tu ne peux en vérité dire que tu aimes  Dieu de tout ton cœur. « Nul ne peut servir deux maîtres ».

Cependant d’autres vies, d’autres journées de nos vies, sont tissées de soucis plus désintéressés, l’avenir des enfants par exemple, la réussite de nos entreprises généreuses au service de nos frères. Mais nous portons ces préoccupations dans des cœurs enfiévrés, passionnés, tourmentés. Comme si nous ne pouvions compter que sur nos seules forces dont la fragilité nous est connue. Comme si nous étions abandonnés à nous-mêmes ! Comme si l’avenir de nos enfants, le triomphe de la vérité, la promotion de nos frères n’était pas aussi et d’abord l’affaire de Dieu !

« Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Celui qui donnait cet ordre, stimulant ainsi ses  amis, allait bientôt multiplier pains et poissons. Le savoir, se le redire, ne désengage pas le chrétien. Au contraire. Il prendra part aux luttes des hommes pour la justice et la paix. Et quotidiennement, il assumera ses responsabilités. Mais avec un cœur pacifié. Butant sur l’obstacle, il se souviendra de l’apparent échec du vendredi saint bientôt suivi du triomphe de Pâques. « Ne vous inquiétez pas du lendemain. Le lendemain s’inquiéter a de lui-même. A chaque jour suffit sa peine ».

Saint Pierre termine sa première épître (5, 7) par cette exhortation : « Déchargez-vous sur Dieu de tous vos soucis car il prend soin de vous ». C’est l’expression de la foi de l’apôtre en un Dieu qui est toute tendresse. Elle rejoint celle des prophètes de l’Ancienne Alliance, celle de ce second Isaïe dont nous entendions tout à l’heure les paroles brûlantes : « Si une femme pouvait oublier son petit enfant, moi je ne t’oublierai pas ». Nous le savons bien : si ingrat que se montre un enfant, si bas qu’un homme soit tombé, une mère est toujours prête à le prendre dans ses bras. Or Dieu est bien plus miséricordieux, bien plus tendre que la plus affectueuse des mères. S’il s’occupe avec soin des plus fragiles créatures, des oiseaux et des lis des champs, ne fera-t-il pas davantage pour son peuple ?

« Là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur ». Si votre trésor est votre foi, la certitude que Dieu vous aime avec plus de tendresse qu’une mère, votre cœur se reposera sur lui au sein même des tâches les plus absorbantes. Vous serez libérés, non pas de la fatigue, non pas de la nécessité d’inventer des solutions aux plus difficiles problèmes mais de l’angoisse qui étreint le cœur et paralyse les énergies.

La paix du cœur est un don de Dieu qu’il faut désirer. « Cherchez d’abord la justice de Dieu et son royaume » vous trouverez alors cette paix.

Le royaume de Dieu est ce monde à venir et pourtant déjà mystérieusement présent où triomphera la vie, où triomphera l’amour. Une patrie promise et pourtant déjà mystérieusement nôtre. Chercher le royaume c’est communier à l'attente de Dieu et entrer dans son dessein.

C’est ne pas prendre son parti de la faim, de la violence, du sous-développement. C’est choisir la vie, choisir la paix, choisir l’amour. Choisir Dieu et non l’argent. Le faire en tout confiance car « le Père sait de quoi nous avons besoin ».

Que cette certitude nous libère de nos angoisses et fortifie, dans la communion au Christ, notre espérance.

End FAQ

 


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