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Accueil "Longo" Deux routes
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Mois de janvier 2014 - Deux routes


Témoignage du silence (Sainte Marie Mère de Dieu A)


  • Nombres 6, 22 – 27 : L’antique bénédiction juive. Par cette bénédiction, bénissons les autres pour que la paix règne.
  • Ps 66 : Bénis sois-tu.
  • Gal 4, 4 – 7 : Marie fut mère pour que nous soyons fils de Dieu.
  • Luc 2, 16 – 21 : Une femme dont on n’a rien dit.

Voilà que, dans un raccourci étonnant, nous sont proposées deux attitudes fondamentales du chrétien. D’une part l’attitude des berges qui témoignent de Jésus et d’autre part l’attitude de Marie qui médite les évènements auxquels elle est mêlée pour y découvrir la trace de Dieu.

Souvent, dans la pratique courante, nous avons tendance à opposer ces deux attitudes. Nous souvenant même d'un autre passage d’évangile, nous opposons la contemplation de Marie à l'activité de Marthe. Il nous arrive aussi parfois de regretter que tant de moines soient enfermés dans leurs couvents alors que bien des paroisses manquent de prêtres. Quand on parle à des chrétiens vraiment engagés, on a parfois l’impression qu’il leur est quasi impossible de comprendre la vie des contemplatifs. Mais, à l'inverse quand on parle à des moines, on se demande parfois s’ils pourraient mener la vie trépidante qui est souvent celle des chrétiens et des prêtres de paroisse. Il y a comme une opposition entre ces deux genres de vie. Pourtant l’évangile d’aujourd’hui nous invite à comprendre quel témoignage le silence aussi peut donner.

Faisant pendant au silence de Marie, à la naissance de Jésus, il y a le silence de Jésus au moment de son jugement et de sa condamnation à mort. Les Juifs l’accusent mais lui se tait. Ces silences-là ne sont-ils pas d'abord signes de mystère ? Si Marie se tait et contemple en silence, n’est-ce pas d’abord parce qu’elle pressent un mystère. Elle devine qu’il est en train de se passer quelque chose qui dépasse n’importe quel discours. Le mystère de Dieu qui se fait homme, qui devient, à part entière, un partenaire pour les hommes, ce n’est pas une chose facile à comprendre ni à dire. Marie essaie sans doute d’accueillir, d’accepter ce que Dieu donne, même s’il ne lui est pas facile de savoir vraiment de quoi il s’agit. Elle accepte le mystère de Dieu qui s’approche, de Dieu que l’on ne peut jamais connaître mais seulement admirer.

Plus tard, le silence de Jésus, dans sa passion, est aussi le signe d’un mystère en train de s’accomplir. Le mystère étonnant du rejet, de la trahison, de l’abandon. Dans le moment même où Jésus reste silencieux devant ceux qui l’interrogent, Pierre refuse de prendre la parole en sa faveur et affirme qu’il ne connaît pas cet homme. Jésus avait pourtant dit, quelques jours plus tôt : «s’ils se taisent, les pierres elles-mêmes se mettront à crier ». Les disciples se sont tus et les pierres n’ont pas crié !

Au moment de la naissance comme au moment de la mort de Jésus, ce silence nous avertit que quelque chose se passe que nous ne pouvons qu’accueillir. L’histoire nous a depuis appris que beaucoup de saints ont aussi été obligés de passer par cette épreuve du silence. Incapables de dire quoi que ce soit au sujet de ce Dieu qui les avait pourtant séduits, ils en arrivaient à n’avoir plus d’autre langage que celui de la présence et de la charité. N’est-ce pas aussi ce qui nous arrive dans les situations trop difficiles à gérer, dans les moments de trop grande douleur, il ne nous reste plus alors que le silence. Comme si la parole risquait de trahir la profondeur de ce que nous ressentons.

Peut être sommes-nous en train de perdre un peu ce sens du silence. On n’hésite pas à filmer la douleur d’une mère voyant son enfant mourir, on n’hésite pas à enregistrer et à diffuser les cris et les pleurs de ceux qui sont victimes de catastrophes. A la limite, on se prendrait à regretter qu’il n’y ait pas eu là un reporter qui aurait enregistré en exclusivité les confidences de Joseph d’Arimathie ou celles de Judas. Il fallait bien demander à ceux là puisque le principal acteur refusait de parler.

Non seulement il refusait de parler mais il imposait silence à ceux qui proclamaient son identité de Fils de Dieu. Il faisait taire les démons, il faisait taire ses disciples. Il nous ferait peut être taire, nous aussi aujourd’hui.

Le silence de Marie ne serait-il pas pour nous un appel à retrouver et à promouvoir un peu plus d'intériorité ? Le silence de Marie ne pourrait-il être le rappel de la force d’un témoignage silencieux comme celui de Jésus dans sa passion ? Le silence ne serait-il pas aussi adoration, reconnaissance de nos limites. Personnellement je suis mal à l’aise devant ces croyants qui claironnent leur foi comme s’ils avaient rencontré Dieu. La découverte mystérieuse de Celui dont on n’est jamais sûr demande plus de modestie. Que l’Esprit Saint modèle en nous une âme de silence, de contemplation, de respect de la personnalité de l’autre qu’on ne peut jamais tout à fait annexer.

Puisse ce silence devenir aussi l’annonce et le signe de la paix. Que les armes se taisent et les rancoeurs aussi pour que naisse enfin, dans la semi-obscurité de l’aube la paix timide et fragile, la foi timide et fragile comme celle des disciples au bord du lac après la résurrection.

Un grand espoir (Epiphanie A)


  • Isaïe 60, 1 – 6 : Levons les yeux pour contempler l’espoir qui commence à poindre et la venue du Seigneur.
  • Ps 71 : A toi, Dieu, notre louange.
  • Eph 3, 2 – 6 : L’espérance apportée par Jésus est pour tous les hommes. C’est cela qu’il faut annoncer.
  • Mat 2, 1 – 12 : La venue des mages est un formidable pari. Ils espèrent trouver une réponse à leur démarche. Ils entrevoient une lumière. Sommes-nous capables de voirles signes qui permettent d’espérer, même au milieu des difficultés ?

La vie est dure pour tout le monde aujourd’hui. Nous souvenant de ce qu’elle était il y a vingt, trente ou quarante ans, nous pensons parfois qu'elle est plus facile maintenant. Pourtant si nous voulons bien y regarder de plus près, nous constatons que beaucoup sont aujourd’hui plus démunis que jamais. Dans une société où celui qui n’a plus de travail n’a pas non plus de logement, n’a plus de quoi manger, il y a parfois des situations désespérées.

Dans une société où nous dépendons si étroitement de la fourniture du gaz, de l’électricité, nous prenons conscience de la fragilité de notre situation. Celui qui n’a plus d’argent ne peut plus survivre. Il n’a plus la ressource de manger les légumes de son jardin. Il n’a surtout plus le secours d’un environnement capable de le comprendre, capable de la soutenir. Il est livré à lui-même. Il est livré à la détresse.

Dans ce monde dur et sévère, les points lumineux sont rares. Il y a très peu de possibilités de se raccrocher aux branches pour celui qui est en difficulté. Nous entendons la plainte de ceux qui n’ont plus de travail et qui ont plus de cinquante ans. Ils ont peu d’espoir de trouver un emploi… Nous entendons l’angoisse de ceux qui n’ont encore jamais eu de travail. Ils n’ont pas d’expérience. Ils vont peut être encore longtemps attendre leur premier emploi. L’absence de travail, de salaire, de logement indépendant va souvent de pair avec la difficulté d’une vie personnelle, avec la quasi-impossibilité de fonder un foyer ou même de vivre en couple. Dans ce monde dur et impitoyable, il est difficile de diriger une entreprise. Les risques sont grands. Il suffit de si peu de choses pour qu’à la fin de l’année, le déficit s’installe. Il suffit de si peu de chose pour perdre un marché ou en rater un autre. Dans le même temps, il faut faire face aux réclamations, aux revendications voire aux compressions de personnel. Là encore, les points de lumière et de chaleur sont presque rares.

La vie devient dure aussi parce qu’il est de plus en plus difficile de partager ses inquiétudes ou ses difficultés. Il n’y a plus personne à qui en parler. On tient à sa dignité. On ne peut pas dire cela à n’importe qui, on ne peut pas montrer ceci à tout le monde. Il faut continuer d’avoir l’air... Sinon, les enfants à l’école auront des réflexions. En faisant des courses, on aura même l’impression que l’épicière est au courant. On ne peut même plus voir les prêtres. Ils sont surchargés de travail et n’ont plus guère de temps. Parfois aussi on se demande à quoi sert la foi dans ce marasme. On se demande à quoi sert d’essayer d’être honnête. On ne voit plus dans quelle direction se tourner.

Mais aujourd’hui, nous disons : « il faut se tourner vers Jésus le Christ. Il ne peut y avoir d’autre moyen de salut ». L’histoire des mages venus d’Orient nous devient un avertissement. Ils ont cru voir un astre nouveau. Ils sont partis vers le lieu désigné par cette étoile. Ils trouvent seulement un petit enfant avec Marie sa mère et aucun autre signe d’espérance, aucune autre indication. Ils ont dû avoir un coup au cœur, ils ont dû être un peu déçus. Un si long voyage pour arriver à un si pauvre résultat ! Non seulement ils venaient avec toutes les questions des gens de leur temps, des gens de leur milieu, mais, en plus, il leur avait fallu passer par d’autres pays et contempler la misère morale et physique qui se donnait à voir. Quelle espérance pour tous ces malades, pour tous ces pauvres. En arrivant près du sauveur ils durent avoir l’impression qu’il n’y avait aucune commune mesure entre le mal et le remède proposé.

Pourtant l’évangile nous dit que les mages acceptèrent d’adorer un enfant et un enfant de pauvre. Ils ont accepté de se dire que le salut pouvait venir de lui. C’est difficile de miser sur un si petit moyen. C’est tout de même ce qui nous est proposé aujourd’hui.

Frères, je ne sais de quel mal vous auriez besoin d’être délivrés. J’ignore quelle angoisse vous portez en vous. Je ne saurai sans doute jamais quelle misère vous écrase. Je sais seulement qu’aujourd’hui, il nous faut accepter de regarder autour de nous. L’espérance est là sans nul doute. Nous attendons peut être des moyens mieux adaptés à nos problèmes. Ils ne viennent pas. Il va falloir nous contenter de ce qui se trouve là. Ce qui se trouve là est peut être meilleur que ce que nous attendions. Les petits moyens, les serviteurs inutiles, les pauvres, les affamés, les enfants, les artisans de paix, ceux qui savent pardonner et tous ceux à qui est promis le royaume, voilà ceux sur qui nous pouvons nous appuyer. C’est impossible, dites-vous, ce n’est pas ça qui nous rendra espoir !

C’est pourtant le paradoxe de cette fête de l’épiphanie. A Noël nous avons chanté « un enfant nous est né ». Aujourd’hui, il nous faut accepter de nous dire que c’est de cet enfant que le salut vient. Aujourd’hui, il nous faut accepter de nous dire que le salut ne vient que par les pauvres et les désarmés. La bonne nouvelle de l’évangile est là. L’espoir, pour tous les malheureux est là : La force morale plus que les armements sophistiqués. L’amour plus que la force. C’est facile à dire mais accepterons-nous le pari que nous propose Dieu en ce jour ? Accepterons-nous de miser sur les moyens évangéliques pour l’annonce de l’évangile et pour le fonctionnement de l'église ? Accepterons-nous d’y regarder de plus prés pour découvrir sous l’apparente pauvreté du quotidien la force de Dieu, la force de la croix ? Aujourd’hui c’est un enfant qui nous est proposé comme sauveur. Demain ce sera un condamné à mort sur son gibet. On dirait que Dieu veut nous montrer que nous avons sous la main tout ce qu’il faut pour sauver ce vieux monde. Au mois d’octobre dernier, pour sauver la paix, le pape François a proposé le jeûne et la prière à tous les croyants. Aujourd’hui c’est peut être seulement la charité qui nous est donnée comme moyen. « Il suffit d’aimer » disait Bernadette Soubirous.

Le baptême de Jésus (A)


  • Isaïe 42, 1 – 4 ; 6 – 7 : Isaïe prêche en Babylonie au moment où les victoires de Cyrus laissent présager la libération du peuple juif. Dans « les chants du Serviteur » il présente le serviteur de Yahvé qui prêche la vraie foi et expie par sa mort les péchés du peuple mais qui est glorifié par Dieu.
  • Ps 28 : Le Seigneur est ma lumière et mon salut.
  • Actes 10, 34 – 38 : Pierre rappelle que la vie publique de Jésus commence avec le baptême dans le Jourdain.
  • Mt 3, 13 – 17 : Après 30 ans de croissance dans l’incognito, au milieu d’un peuple que Jean appelle à la pénitence, Jésus vient apporter un message nouveau. Il se plie néanmoins à la tradition, voulant « accomplir ce qui est juste ». Il invite ainsi Dieu à reconnaître ceux qui viennent à lui pour ses enfants.

La scène retracée ici par Matthieu a inspiré de nombreux peintres et son pittoresque est facile à reconstitue : dans le désert de Judée, c’est-à-dire dans cette région montagneuse et désolée qui s’étend entre la chaîne centrale de la Palestine et la dépression du Jourdain et de la mer Morte, Jean-Baptiste est venu prêcher la « menatoia » c'est-à-dire à la fois le repentir et la conversion.

Il est vêtu de poils de chameau et d'un pagne de peau autour des reins. Il se nourrit de sauterelles et de miel sauvage. C’est bien lui qu’annonçait le prophète Isaïe : « Voix de celui qui crie dans le désert. Préparez le chemin du Seigneur. Rendez droits ses sentiers ».

Nombreux étaient ceux qui venaient à lui, confessant leurs péchés et se faisant baptiser par lui dans le Jourdain, ce fleuve sacré que les Juifs avaient jadis traversé pour atteindre la Terre Promise. Le rite d’immersion était symbole de purification et de renouveau, pratiqué notamment par les Esséniens dont Jean-Baptiste faisait partie.

Et voici que Jésus, dont Jean-Baptiste annonçait la venue et dont il se jugeait indigne de dénouer sa sandale, voici que Jésus arrive aussi au Jourdain pour être baptisé. Jean-Baptiste proteste que c’est lui qui aurait besoin d’être baptisé par Jésus mais Jésus rappelle d’un mot qu’il leur convient à tous deux « d’accomplir toute justice », c’est-à-dire de continuer la tradition que le nouveau message qu’il apporte ne contredit pas.

Méditons quelques instants sur les enseignements de ce texte.

Le baptême.

Il y a d'abord le rite de la purification par l’eau, signe de vie. Dieu lui-même, dit souvent l’Ancien Testament, est source d’eau vive (l’eau du rocher dans le désert. Ex 15, 23 - 25). Dans l’Evangile de Saint Jean surtout, on retrouve souvent le symbole de l’eau comme signe de mort et de vie : la Samaritaine, la piscine de Siloé. Le baptême de Jésus illustre cette permanence d’un rite porteur de toute une symbolique millénaire.

Pour nous, chrétiens, le baptême est le sacrement qui nous fait devenir « enfant de Dieu » et entrer dans la Communauté de tous ceux qui se reconnaissent enfants du même Père.

Jésus, remontant du Jourdain après son baptême, vit l’Esprit de Dieu venir sur lui, « comme une colombe ». De la même manière, à notre baptême le prêtre a versé l’eau sur notre front « au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit ».

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui j’ai mis tout mon amour ». Cette parole désigne Jésus comme le vrai serviteur annoncé par Isaïe. Mais Isaïe parle de serviteur et l’évangile parle de fils. Le terme de « Fils » substitué à celui de serviteur souligne le caractère messianique et filial de la relation de Jésus avec le Père. Par notre baptême, c’est la grâce de Dieu qui permettra à notre foi de croître en esprit et en vérité pour mériter d’être non seulement serviteurs mais enfants de Dieu.

Qui sont les enfants de Dieu ?

Mais le baptême ne suffit pas pour faire son salut. Jésus lui-même, après le baptême du Jourdain partit au désert quarante jours et y subit les tentations de Satan.

La tentation des premiers chrétiens fut de n’admettre dans leur sein que ceux qui avaient été circoncis suivant l’ancienne loi pour les baptiser ensuite selon la nouvelle. La seconde lecture nous rapporte la démarche insolite de Pierre, arrivant à Césarée chez le centurion Corneille, romain pieux, craignant Dieu et qui priait sans cesse, sans être circoncis. Pierre, éclairé par l’Esprit-Saint, n’a pas refusé de venir chez un païen et il proclame que « Dieu ne fait pas de différence entre les hommes » et qu’Il accueille « les hommes qui l’adorent et font ce qui est juste ». Dieu s’est manifesté par Jésus, le Seigneur de tous, qui a été envoyé pour annoncer la paix et l’amour. Il a guéri et fait le bien car « Dieu était avec lui ».

Cet épisode capital relaté dans les Actes des Apôtres souligne un nouvel aspect du baptême. Celui-ci n’est pas la seule porte réservée aux croyants pour devenir « enfants de Dieu ».

« Dieu ne fait pas acception de personnes en toute nation celui qui le craint et pratique la justice lui est agréable ». Pierre reconnaît là qu’avant même le baptême, beaucoup sont déjà enfants de Dieu.

Le prologue de l’Evangile de Jean ne dit-il pas : « Le Verbe était la lumière véritable. Il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas accueilli. Mais à tous ceux qui l’ont accueilli Il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu ».

Et l’on peut accueillir Dieu, comme Corneille, par la foi et la pratique de la justice.

Cette leçon de Pierre, dans la maison du centurion Corneille, est toujours valable pour nous, chrétiens du vingtième siècle, qui pensons trop souvent être seuls à détenir l'héritage du christianisme authentique. Nous détenons les Livres Saints. Nous essayons d’appliquer les commandements de Dieu et de l’Eglise, tout en refusant peut-être à l'occasion d’ouvrir notre porte, notre église, notre cœur à « ces gens-là » qui viennent d’autres chapelles ou de pas de chapelle du tout, mais qui sont animés du désir d’agir, de collaborer, de s’entraider « en frères », c’est-à-dire en enfants du même Père. Cet Esprit-Saint qui descendit sur Jésus, au Jourdain, « comme une colombe », signe de la Paix, ne devrait-il pas régner entre tous ses fils ? N’y a-t-il pas là, pour nous tous baptisés, une tâche à accomplir ?

C’est lui ! (I A)


  • Isaïe 49, 3. 5 – 6 : Le Seigneur attache du prix à Israël, préfiguration de l’Eglise du Christ et du Christ lui-même.
  • Ps 39 : Voici que je viens.
  • 1 Cor 1, 1 – 3 : Qui invoque le nom de Jésus est le peuple saint.
  • Jean 1, 29 – 34 : Jésus est reconnu par Jean-Baptiste comme le Fils de Dieu, l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde.

En lisant l’Evangile, nous avons peut-être cru entendre celui de dimanche dernier. Dans cet évangile, il est en effet question de Jean, qui baptise dans l’eau, de Jésus qui baptise dans l’Esprit, et la même colombe qui apparaissait dans le texte de Matthieu est ici présente : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe ». Reprenons ce texte : il comporte trois points majeurs et une conclusion.

L’agneau de Dieu.

Jean-Baptiste voyant venir Jésus, s’écrie « Voici l’agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ». Parole reprise à chaque messe lorsque le prêtre présente l’hostie à l’assemblée. Depuis l’exode des Hébreux hors d’Egypte, l’agneau est signe de la victime offerte pour prix de la libération. Trois semaines après la nuit de Noël, à l’orée même de sa carrière - sa vie publique, comme on dit - Jésus est défini comme victime consacrée. Cet homme plein de vie qui vient à Jean est désigné comme victime expiatoire, dont le sang va enlever le péché du monde. Premier aspect de Jésus.

Seigneur Jésus, nous aussi nous reconnaissons en Toi, celui qui vient enlever le péché du monde.

« Avant moi il était »

Deuxième aspect. Jean-Baptiste, après avoir désigné Jésus comme l’Agneau de Dieu, poursuit en déclarant : « C’est de lui que j’ai dit : après moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était ». A travers ce langage difficile, comprenons le message qui est simple : Jean a beau être prophète, il ne veut pas occuper la première place. « Si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour que (cet homme) soit manifesté au peuple d’Israël ». Il n’y aura donc pas de guerre des chefs sur les bords du Jourdain. Sa mission, sa raison d’être, à lui, Jean, c’est que le Messie annoncé par Dieu dans la première lecture puisse rayonner : « Je vais faire de toi la lumière des nations, pour que mon salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre ».

Désigné par l’Esprit.

Jean ne connaissait pas Jésus ; du moins il ne le connaissait pas pour ce qu’il est véritablement. Mais l’Esprit lui a permis de l’identifier : « J’ai vu, témoigne Jean-Baptiste, l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui » et il rappelle le signe de reconnaissance qui lui avait été indiqué : « L’homme sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, c’est celui qui baptise dans l’Esprit Saint ». On a les moyens de reconnaissance qu’on peut. Bouquet de fleurs et journaux déployés servent sur les quais de gare de moyens de se reconnaître et de s’identifier. Les hommes politiques ; afin d’être bien reconnaissables, cultivent, eux, leur image en se coiffant d’un éternel chapeau ou en fumant d’inconsommables cigares. Soit. Le signe qui permet de reconnaître Jésus, c’est l’Esprit qui descend et demeure sur lui. C’est un signe qui en vaut bien un autre.

Tout détail est signifiant : le fait que l’Esprit soit comparé à une colombe n’est pas indifférent. D’abord parce que la colombe, comme l’agneau, est de ces animaux que traditionnellement les Juifs offrent au temple. Joseph et Marie offrent un couple de colombes lors de la Purification de Marie. Le bestiaire de cet Evangile est donc tout entier orienté vers le sacrifice. Mais surtout cette colombe rappelle l’Esprit qui, au tout début de la Genèse, planait sur les eaux à l’aube de la création. L’Esprit qui, maintenant, plane sur Jésus, marque le début d’une nouvelle création.

Agneau qui s’offre pour le salut des hommes, éternel comme le Père, solidaire de l’Esprit, Jésus est donc d’un bout à l’autre de ce texte défini comme Dieu. En sorte que la conclusion de Jean-Baptiste va presque de soi : « C’est lui le Fils de Dieu ». Chaque moment essentiel de la vie de Jésus aura donc été marqué par le témoignage d’inspiré : sa présentation au temple, par le cantique de Syméon ; son entrée dans sa vie publique, par le témoignage de Jean ; son retour au Père, par la reconnaissance du centurion, selon Marc : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu ! »

Oui vraiment, Seigneur, Jésus, Tu es le Fils de Dieu.

Jean le témoin.

Jusqu’ici nous avons mis l’accent presque exclusivement sur Jésus. Ne laissons pas cependant dans l’ombre celui qui a témoigné de la divinité de Jésus, Jean, le Prophète du Très-Haut, comme il est dit dans le cantique de Zaccharie. La situation de Jean est évidemment particulière, mais elle rejoint celle de Marie à l’Annonciation et celle de tous ces guéris, ces convertis qui émaillent les récits évangéliques et l'histoire de l’Eglise. Ils ont vu et ils témoignent. Au demeurant, cet homme qui rend témoignage à la lumière, n’est-il pas ce que nous devrions être, ce que parfois, nous sommes ? Je pense ici aux catéchistes, à toutes les personnes qui se consacrent aux tâches d’aumônerie, aussi bien auprès des établissements scolaires que des établissements hospitaliers. Les membres de ces aumôneries ont tous, peu ou prou, suivi l’itinéraire de Jean : ils ont vu ; ils témoignent.

Jean a tout compris : il a compris qui était Jésus ; il a compris qu’il ne devait retenir personne avec lui, mais au contraire que tout devait aller à Jésus. Il a été un baptiseur. Il s’est mué en bâtisseur. Et nous, savons-nous user de notre baptême pour bâtir l’Eglise ?

Une seule âme (II A)


  • Isaïe 8, 23 – 9, 3 : Le peuple d’Israël est déporté. Personne ne voit de libération possible. Pourtant, le prophète Isaïe vient annoncer cette délivrance : rien n’est impossible à Dieu.
  • Ps 26 : le Seigneur est ma lumière et mon salut.
  • 1 Cor 1, 10 – 13, 17 : Déjà, dès le début de l’Eglise à Corinthe, les chrétiens ont tendance à se diviser. Paul rappelle que le seul auquel nous devons être attachés c’est le Christ.
  • Mt 4, 12 – 23 :

Il nous arrive de rêver à un monde de paix, à une humanité où tous les hommes se conduiraient en frères. Mais quand nous ouvrons les yeux, nous nous apercevons que ce rêve est loin d’être réalisé : ici deux pays sont en guerre et se massacrent, là deux groupes de gens du même pays s’entretuent ; ici, des attentats tuent des innocents là, d’autres innocents sont emprisonnés et torturés, ici des pauvres se révoltent parce qu’ils ont faim et qu’on ne veut pas les entendre, là les armes écrasent toute opposition. Et puis, il y a ces millions d’hommes et de femmes qui dépérissent par manque de nourriture... pendant que les pays riches font des conférences pour savoir comment réduire leurs stocks de denrées alimentaires. Tout cela n’est qu’un constat que chacun peut faire ; mais existe-t-il une solution ? Voilà bien la question que tout le monde se pose, et les hommes cherchent en vain : nous avons bâti notre monde sur des principes tellement éloignés de l’amour que nous ne pouvons plus nous en sortir ! Les mots de « partage », de « nous sommes tous frères » ou bien encore de « la terre est à tous », sont souvent relégués par certains dans le domaine de l’utopie.

Pourtant, ce peuple de frères n’est pas un rêve : c’est la promesse du Christ et notre espérance. Comme le rappelle l’évangile, c’est bien dans un monde découragé et déboussolé que la lumière du Christ est venue : « Sur ceux qui habitaient dans le pays de l’ombre et de la mort, une lumière s’est levée ». Comment se fait-il donc que vingt siècles après cette annonce nous ayons l’impression d’en être encore au même point ?

C’est peut-être parce que nous n’avons pas entendu la demande que le Christ nous adresse juste après : « Convertissez-vous, car le royaume des cieux est là ». La paix et l’unité viendront à la suite de notre conversion : nous avons chacun et chacune quelque chose a changer et à transformer en nous.

Déjà autour de nous, nous pouvons voir des gens qui ont pris au sérieux cette conversion et qui ne se sont pas résignés devant les slogans qui nous paralysent : « la guerre existera toujours... elle est inévitable » ou encore, « l’homme restera toujours un loup pour l'homme... » Oui, nous pouvons déjà voir se lever des lumières dans notre monde sombre : ce sont des associations qui luttent contre la faim ou pour porter les soins nécessaires aux plus déshérités ; ce sont ceux qui luttent contre la torture ; ce sont des hommes qui entraînent avec eux des pauvres pour qu’ils s’organisent eux-mêmes pour sortir de l’indigence, ce sont des gens qui croient que la paix est possible. Oui, la lumière de Jésus Christ se lève encore sur notre monde.

L’unité des chrétiens : tâche urgente.

Mais nous sommes, nous aussi appeler à une conversion. En cette semaine de l’unité, le Seigneur nous interroge : que fais-tu pour la réconciliation ? Penses-tu qu’il est fatal que les chrétiens vivent divisés ? Nous nous sommes peut-être un peu trop habitués à la situation : il y a des chrétiens qui sont catholiques, d’autres protestants, d'autres anglicans, d’autres orthodoxes. Après tout, cela fait longtemps que ça dure ! Et puis c’est moins grave qu’avant, puisque maintenant nous avons de temps en temps des rencontres communes !

Pendant cette semaine de l’unité, il nous faut prendre clairement conscience du scandale que nous causons : nous prêchons un royaume de frères, nous annonçons un évangile d’amour et une foi en un Père commun. Et, voilà que ceux qui croient en cet Evangile sont divisés et parfois même s’opposent et se battent ! Comment l’incroyant qui cherche à découvrir le visage du Christ en regardant l’Eglise peut-il attacher du prix à notre témoignage ? Dans certains cas, même en regardant vivre notre seule communauté catholique, on ne dit plus, comme pour les premiers chrétiens « Voyez comme ils s’aiment ! » mais « Voyez comme ils se battent ! » L’unité des chrétiens n’est pas une question mineure qui doit passer après les urgences missionnaires. C’est l’avenir de la mission et la crédibilité du message que nous annonçons qui est en cause.

Que pouvons-nous faire ?

La première conversion à laquelle nous sommes appelés, c’est de changer notre regard sur l’autre. Certes, depuis plusieurs années, des progrès ont été accomplis dans les rencontres entre confessions chrétiennes. Mais, si nous voulons avancer sur les chemins de l’unité, il faut que chacun se forge un nouvel état d’esprit : rencontrer celui qui est différent, ce n’est pas d’abord chercher tout ce qui nous divise pour faire ensuite la preuve que c’est nous qui avons raison.

C’est d’abord savoir pourquoi nous sommes séparés d’une manière claire : et là, il nous faut sortir des vieux clichés qui caricaturent nos églises... Nous aurions déjà beaucoup à gagner si nous cherchions à mieux connaître ce qui nous divise encore. Combien d’idées fausses seraient alors balayées. Mais, le gros progrès auquel nous sommes appelés, c’est de chercher, dans la rencontre de l’autre, quelles sont les richesses qu’il peut nous faire découvrir et les questions que sa propre pratique de foi pose à notre conduite… Les églises protestantes issues de la Réforme ont donné la première place à la Parole de Dieu et ont toujours enseigné cette richesse que peut atteindre chaque chrétien en lisant et méditant cette parole. Dans le dialogue oecuménique elles ont sûrement contribué à nous stimuler dans le renouveau biblique des ces dernières années ; leur pratique de l’Ecriture a été pour nous une question pour encourager les catholiques à revenir à cette lecture et cet approfondissement de la Parole du Seigneur plus qu’ils ne le faisaient. L’assiduité des protestants à cette lecture biblique reste pour nous, encore aujourd'hui, un encouragement.

Les églises orthodoxes ont maintenu très vive cette présence de l’Esprit Saint au milieu de nous de même que ce rappel incessant dans leur liturgie que Dieu est près de nous mais demeure le « Tout autre » ! L’Eglise catholique demeure l’Eglise centrée sur l’Eucharistie, événement dans lequel elle rencontre le Seigneur, lui rend grâces, se ressource et scelle son unité. Là encore le dialogue oecuménique n’a pas été sans conséquences : savez-vous qu’aujourd'hui, des communautés protestantes demandent à célébrer la sainte Cène plus souvent ? Ces richesses, accents différents d’une seule et même foi, peuvent être une chance si nous savons les mettre en commun. La deuxième conversion à laquelle nous sommes appelés c’est de ne poser des actes. Nous avons reçu de Jésus Christ la mission de témoigner de l’amour de Dieu pour tous les hommes. Bien que séparés, nous prêchons le même évangile ; dès maintenant nous pouvons ensemble poser des actes pour annoncer cette Bonne Nouvelle. Cela se fait de temps en temps au plan national, lors de la journée de la paix ou en d’autres occasions. Mais cela peut et doit se faire aussi chez nous dans les actions que nous entreprenons pour les pauvres, pour les malades ; dans ce que nous faisons pour lutter contre la faim ou contre la torture. Nous ne sommes pas appelés seulement à prier de temps en temps ensemble mais aussi à construire ensemble le royaume.

Une question demeurera toujours. Il nous semble que nous avons un peu épuisé toutes les formes de dialogues, d’accords de rapprochements... et nous sommes encore divisés. Nous nous heurtons maintenant à des difficultés qui nous paraissent insurmontables : nous en arrivons à nous replier sur des convictions qui sont pour nous « non négociables ». Nous voulons bien dialoguer... mais nous ne pouvons pas céder sur ce qui fait partie de notre héritage catholique. Alors, sommes-nous dans une impasse ? Je crois qu'il nous faut relire l’apôtre Paul dans sa deuxième lettre aux Corinthiens : « Si quelqu’un est en Christ, il est une nouvelle créature... Laissez-vous réconcilier avec Dieu » (5, 17). C’est le Christ qui nous réconciliera, et c’est là que s’enracine notre prière pour l’unité. Si chacun se remet devant le Seigneur en cherchant à lui être fidèle et en s’identifiant davantage à lui, nous nous rapprocherons obligatoirement, car le Christ n’est pas divisé.

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